Kinshasa - RD Congo 22/10/2020:

FOI CHRETIENNE. LA 30ème CPCO A L’HEURE DE LA COMMEMORATION DE SON CENTENAIRE. L’œuvre du Missionnaire Bwana Botyini : abandonnée à son triste sort

Publier le 12.11.2014

Allez, faites de toutes les nations des disciples, en les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit…’ Matthieu 28 : 19. En citant cette recommandation ‘marteau’ de notre Seigneur Jésus-Christ, et que les théologiens appellent ‘la Grande Commission’, je voudrais évidemment rappeler comment, à travers les générations, certains de ces héros et fidèles serviteurs n’ont pas pu se boucher l’oreille interne, alors que leur esprit restait constamment martelé par la puissance incarnée par quelques mots de phrase. J’ai expressément voulu maintenant, et comme je n’aurai de cesse de le dire, examiner cette immense œuvre du salut accomplie par le Seigneur Jésus-Christ à travers son serviteur et missionnaire F.W. Burton, le fondateur de la Congo Evangelistic Mission, CEM en sigle, l’actuelle 30ème Communauté Pentecôtiste au Congo, CPCO.

Certes, comme nous devons le reconnaître, Burton n’a pas été seul à faire ce travail colossal extrêmement important. Le travail de réconcilier les hommes longtemps tenus en captivité par le diable, avec Dieu leur créateur. Ces champions de l’Evangile ont été chacun unique, en leur genre. 

Comme le fut certainement aussi Mère Teresa de Calcutta. Et tout près de nous, Jean Monod. La liste est longue, pour remonter à Paul de Tarse, en passant par les Martin Luther, Jean Huss et autres.

Burton, familièrement appelé Botyini dans la langue du milieu où la lumière de son message a resplendi, que nous a-t-il laissé donc ? 

Ce missionnaire immense et prolifique a abattu un travail spirituel d’une haute facture. Son action évangélique débutée à Mwanza plus précisément, en 1915, a reçu une réponse positive très impressionnante à ce jour. 

Sur ce point précis de l’œuvre missionnaire de Bwana Botyini, il y a l’unanimité à lui reconnaître les fruits papables de la valeur spirituelle des hommes et des femmes par milliers qui ont reçu la doctrine chrétienne professée par cet esclave de Christ. 

L’expression ‘valeur spirituelle’ doit guider notre analyse sur toute observation et sur tout point de vue que l’on tenterait d’émettre sur cette grande communauté, l’une des plus populaires et représentatives de la République Démocratique du Congo.

L’ACCENT SUR LE SPIRITUEL

Le tout premier bâtiment à étage du territoire…

Quand était venu le moment, pour les autochtones, de prendre en mains l’œuvre léguée par les missionnaires blancs, la première critique sévère qu’ils ont émise à l’endroit de ces derniers, c’est notamment à savoir que : les missionnaires nous ont caché la vérité ; ils ne nous ont pas enseigné le développement social, et surtout, aujourd’hui, cette fameuse prospérité matérielle. Ici, il y a vraiment une prodigieuse quantité de choses à dire, pour reconstituer la vérité.

Mais à mon humble avis, et pour me résumer concernant cette critique, il faut reconnaître tout simplement que cette celle-ci ne se fonde sur aucune base rationnelle. 

C’est de l’ingratitude pure et simple, pour ne pas dire un esprit de nuisance qui crache dans la main qui l’a nourri. Les missionnaires avaient enseigné l’essentiel : le Royaume Céleste. 

C’est tout. Et cela, c’est l’Evangile ; car celui-ci ne consiste pas dans le boire et le manger. La Bible nous dit de ‘chercher premièrement le royaume de Dieu et sa justice, afin que les choses nous soient données par-dessus’  (Matthieu 6 : 33). D’ailleurs, un homme comme Burton ne pouvait que rester fidèle et traduire le message de son évangile dans les faits. 

Il prêchait ce qu’il vivait en Christ ; ce que la foi signifie réellement, et dans le passé et aujourd’hui.  Cette conviction Myer Pearlman aussi la fait sienne, lorsqu’il écrit : « Etant donné que c’est de l’abondance du cœur que la bouche parle ; nous ne pouvons parler avec succès aux autres que des choses que nous avons expérimentées dans notre propre cœur, dans notre propre vie… On a dit que ce que nous sommes se remarque si fort que les gens ne peuvent entendre ce que nous disons. Si nos paroles ne sont pas appuyées par nos vies, elles sont comme les dons sans l’amour, comme un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit » (Evangélisation individuelle, Ed. Vida, Miami, Florida). 

Un ami pasteur, évoquant feu Burton au cours de sa prédication, nous a révélé une chose très touchante. En effet, rappelait-il à l’assistance : savez quelle fortune personnelle Burton, le fondateur de la CEM, avait-il laissée ? 

A sa mort, en Afrique du Sud, on a trouvé auprès de lui que 2 malles, dont l’une contenait ses habits et l’autre des livres. Cet ami prédicateur a renchéri pour dire que Burton n’a laissé ni maison, ni femme, ni enfant. Ces derniers étaient même déjà décédés avant lui. A supposer aujourd’hui, dans ce monde et dans ces églises gagnés au matérialisme et à la prospérité, qu’un pasteur meure sans laisser ni maison, ni voiture ; comment les observateurs considéreront ils, et qu’est-ce qu’ils diront d’un serviteur de Dieu, qui est mort pauvre ? La réponse est simple : en mourant pauvre, le pasteur n’était pas homme de Dieu ! 

Peut-on mesurer à quel niveau les hérésies ont pris la place de la saine doctrine dans la maison de Dieu, et que la convoitise et la cupidité poussent nos leaders à renier la foi même ! Combien de nos pasteurs, représentants légaux et bishops n’ont-ils pas tramé des projets macabres pour supprimer ceux qui leur sont indésirables ou qu’ils s’imaginent être leurs « adversaires dans la maison de Dieu » ? 

Certains hommes de Dieu n’ont-ils pas perdu leur vie à la suite d’un empoisonnement par d’autres soi-disant serviteurs du Seigneur !   

Certaines intentions malveillantes sont gratuitement prêtées aux missionnaires. 

De méchantes langues les traitaient de trafiquants des pierres précieuses. Comment expliquer que Burton- et même ses collègues missionnaires - soit mort pauvre, si de nombreuses années passées à Mwanza-Sopedans le territoire de Malemba-Nkulu, il ne faisait que s’amasser l’or ? 

Cette attitude malveillante a poussé, sans raison aucune, nombreux de nos compatriotes à rester trop suspicieux à l’égard des missionnaires. 

Après le départ de ces derniers, les autochtones ont investi, pour fouiller de fond en comble, les habitations de missionnaires pour y récupérer de l’or qu’ils y auraient caché. Le résultat vous l’imaginez, n’est-ce pas ? 

A  la Mission de Lwamba, à plus ou moins 40 kilomètres de Mwanza, des rumeurs faisant état de filtration d’or dans le système d’adduction d’eau léguée par les missionnaires ont amené les visiteurs arrivant dans ce village au pire de vandalisme. Nuitamment, ils démolissent les lieux d’assemblage de la pompe d’adduction d’eau, sous prétexte d’en extraire l’or abandonné par les missionnaires. 

Il me semble que les missionnaires, Burton particulièrement dans le contexte qui est le nôtre, ont fait l’essentiel, en annonçant l’Evangile dans sa pureté. Et si leur message avait commencé par des thèmes comme ‘l’épanouissement ou le développement social’, sans oublier la fameuse ‘prospérité matérielle’, quelles auraient été nos églises aujourd’hui, à quoi ressembleraient-elles ? Ça aurait été de simples lieux de négoce, on le ferait le change de devises. 

Aussi, éprouvé-je de crainte que l’Eglise de Dieu chez nous n’ait pu atteindre une déchéance frisant une totale déperdition.

ET L’HERITAGE DE BURTON : QUID DE SA PERENNISATION ?

Tombes des pionniers de la mission. Ici reposent l’épouse et l’enfant de Burton

Les missionnaires, et même Burton, n’ont pas laissé de grands temples. Ils se réunissaient avec le peuple de Dieu dans des chapelles peu spacieuses, qui sont de loin inférieures aux imposantes constructions d’aujourd’hui, qui respirent vraiment une certaine aisance matérielle, une touche de plus à ne pas taire sans mauvaise foi. Quoi de plus normal. La communauté ou l’assemblée laissée par Burton s’est considérablement accrue en quantité. 

Donc, à cette pierre basique posée par les missionnaires, quelque chose d’aussi remarquablement grand y a été ajoutée. 

Il ne faut donc pas, honnêtement parlant, s’empêcher de reconnaître que le même Esprit qui a animé les missionnaires, a merveilleusement poursuivi son œuvre d’épanouissement de la communauté par le biais des autochtones. On doit l’épingler aussi.

Néanmoins, ceci peut être vrai pour tous les chrétiens qui ont vécu à cheval de ces deux générations héritières de l’œuvre missionnaire. 

Dans les chapelles, pourtant petites où se réunissaient ces générations-là, l’amusement et la distraction n’y avaient pas de place. Quelqu’un m’a raconté ceci, en se rappelant cette belle époque-là : « Dès que vous franchissiez le seuil de la porte de la chapelle, vous vous compreniez, vous vous sentiez être en présence de Dieu…Et même l’attitude de l’assemblée que vous trouviez là, chantant ou priant, traduisait un seul message, un seul sentiment : Dieu est réellement ici ! »

Certes, l’église d’aujourd’hui est de loin très différente de celle d’autrefois. Celle d’aujourd’hui –pour que quelqu’un ne dise pas qu’elle est moins spirituelle, loin de là ! – elle est peut-être trop bruyante, de telle sorte qu’elle prédispose à la distraction, si l’on n’y prend garde. 

Quand on entre dans certaines assemblées chrétiennes de nos jours, on a mal à s’y reconnaître : est-on dans une salle de cinéma ou dans un lieu de spectacle ? Est-ce à dire que l’Esprit de Dieu n’y est pas ? Pas du tout ! Seulement il faut faire attention, et marquer la différence entre les choses sacrées et celles mondaines.

Il faut aussi noter que la plupart des missionnaires seraient morts sans de richesses, parfois même dans un dénuement total. Ceux qui ont hérité de leur œuvre aujourd’hui ont de fort grands biens. Certains pasteurs d’église sont plus que des cadres de grandes entreprises ; ils vivent mieux. Il n’y a aucun mal en cela. Mais ce n’est pas l’objectif poursuivi par l’Evangile. 

Les richesses acquises aujourd’hui doivent, au contraire, nous rappeler quelle en est l’origine et celle des bénédictions multiples dont nous sommes bénéficiaires.

Si les missionnaires étaient avares et cupides, nous, le sommes-nous vraiment moins ? Nos richesses profitent-elles à l’ensemble des membres, hommes, femmes et enfants de l’église ? Un Evangéliste ironisant la scène du culte et de la foi dans notre pays n’a-t-il pas écrit : le premier pauvre dans l’Eglise du Zaïre, c’est le pasteur !?

LA STATION MERE DE LA 30ème CPCO ABANDONNNEE A ELLE-MEME

Ce qui frappe le premier le regard d’un visiteur qui foule son pied sur le site de la station missionnaire mère de cette communauté, c’est l’état d’abandon auquel elle est réduite. 

Aucune tristesse ne saurait égaler ce délaissement du site qui a vu naître cette grande communauté chrétienne, l’une des plus viables de notre pays. Le tout est resté exactement comme Bwana Botyini l’avait laissé. Et au fil du temps, c’est la vétusté qui a pris le dessus sur ce patrimoine chrétien. 

Même le petit édifice à un niveau qui, apparemment, doit être la toute première maison à étage du territoire, se dresse là, comme un monstre réveillé de son cimetière pour accueillir les visiteurs. 

En regardant cet édifice, le visiteur a horreur, si bien qu’il fait vite de détournerson regard. Autrement, c’est comme s’il était en train de vous interpeller, en vous disant : ‘Et même vous, que pensez-vous de moi ? Que répondriez-vous le jour du jugement final ?’

D’ailleurs, en arrivant sur cette colline rocheuse de Mwanza-Sope, site de la station missionnaire, qui déploie tout son panorama splendide, d’une beauté unique, vous n’avez qu’une conviction sur l’immensité et la grandeur de la vision de Burton. 

Cet homme avait vu grand ! C’était un véritable aigle de Dieu, pour aller percher son nid si haut. En réalité, ce site choisi par l’homme de Dieu a tout du nid d’un aigle. Ce n’était pas le fait d’un hasard, la vision de Burton était réellement inspirée de Dieu. « Nous avons besoin de trouver Dieu, et il ne se trouve pas au milieu du bruit et de l’agitation. Dieu est ami du silence », écrit Malcolm Muggeridge, in ‘Mère Teresa de Cacutta’ Ed. du Seuil, 1973.

En effet, Burton avait laissé les villageois en bas, dans le bruit et l’agitation, pour escalader ces roches, en se perchant à la cime de ladite colline, afin de rester dans l’intimité et recevoir de celui qui l’avait envoyé ses instructions. 

(Nous reviendrons abondamment sur l’état d’abandon de cette station mère de la 30ème CPC0)

Par ailleurs, l’année prochaine, 2015, est celle de la commémoration du centenaire de ladite communauté chrétienne. Où en sont les préparatifs pour cette grandiose manifestation, et où sera-t-elle organisée ? Wait and see, disent les Anglais. Autrement, attendons voir.

MWAMBA KALENGALa Nouvelle Dépêche / Numéro 155

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