Kinshasa - RD Congo 26/04/2019:

ACTUALITES. AVANT MEME SON EXECUTION. Le budget 2015 va exploser

Il y a à peine deux mois que la loi de finances 2015, autrement dit le budget de l’Etat pour l’exercice en cours, a été promulgué. Ce budget a été conçu sans tenir compte des événements inattendus qui parfois surviennent et changent la vie du tout au tout. Cela risque d’être le cas pour le Premier Ministre Augustin Matata Ponyo, qui doit en tant que chef du gouvernement, gérer un budget avec plusieurs urgences.

Deux événements importants risquent, en effet, de bouleverser la donne et donner des insomnies au chef du gouvernement : les élections locales, municipales et urbaines, ainsi que la mise en œuvre de la loi de programmation déterminant les modalités d’installation de nouvelles provinces. La RDC va passer de 11 à 26 provinces. La marche semble irréversible avec la promulgation de la loi sus-évoquée promulguée le 2 mars 2015 par Joseph Kabila. Et déjà, les premières victimes de cette décentralisation se comptent par milliers au sein de la territoriale.  

DES INFRASTRUCTURES COLOSSALES

Des commissions mixtes vont bientôt être mises sur pied par le gouvernement pour étudier les conditions de démembrement des provinces du Katanga, de l’Equateur, des deux Kasaï, du Bandundu et de la Province Orientale. Le gros du travail de ces commissions consistera à dresser l’actif et le passif de la province existante et de procéder à l’acquisition du matériel, à la réhabilitation ou à la construction des infrastructures nécessaires.  Cela veut dire que les commissions vont faire construire des bâtiments devant abriter les services importants des nouvelles provinces, notamment les gouvernorats, les assemblées provinciales, les gouvernements provinciaux, les cours d’appel avec les parquets près ces instances, les divisions provinciales de différents secrétariats généraux de l’administration publique, les stations provinciales de la RTNC, de l’ANR, de la DGM, de la PNC, les régions militaires… La liste est longue. 

Avec quels moyens le gouvernement central va-t-il financer tous ces ouvrages ? Et cela dans 21 sites différents ? Sans compter les résidences pour les officiels que sont les gouverneurs de province et leurs adjoints, les Procureurs généraux, les Présidents des cours d’appel ainsi que les présidents des assemblées provinciales ainsi que les responsables des forces de défense et de sécurité qu’on ne peut pas négliger ?  Enfin, après la construction des bâtiments, il faudra équiper tous ces bureaux. Au bas mot, cela ne fait pas moins de deux milliards de dollars que le gouvernement Matata devra dépenser pour que ces nouvelles provinces aient le minimum d’infrastructures pour fonctionner. Une somme colossale qu’il faut mobiliser pour faire face à une tâche aussi grandiose qu’urgente. C’est un véritable casse-tête auquel Matata Ponyo doit trouver rapidement des réponses. 

SEUL AU FOUR ET AU MOULIN

Le second problème crucial pour le gouvernement central est sans nul doute l’organisation au cours de cette année 2015 des élections locales, municipales et urbaines ainsi que celles des députés provinciaux. Ces élections seront très coûteuses car la Ceni doit les organiser en tenant compte de la nouvelle cartographie administrative de la RDC. 

Et comme le malheur ne vient jamais seul, le gouvernement n’a jusqu’à présent aucun partenaire pour l’épauler à financer ces scrutins. Jusqu’ici, en effet, la plupart des partenaires intéressés à l’organisation des élections générales selon le calendrier publié par la Ceni ont avoué qu’ils n’interviendraient que pour les élections législatives et présidentielles qui sont prévues en novembre 2016. C’est le cas des Etats Unis d’Amérique et de la Belgique pour ne citer que ces deux partenaires. Pour ces élections, les partenaires ne pourront décaisser qu’après mars 2016.

Cela veut dire alors que le gouvernement va porter seul le fardeau des élections antérieures sus évoquées dont le coût, on le sait, est estimé à plus de 600 millions de dollars. Un autre casse-tête financier qui va donner du fil à retordre à l’Exécutif national.

DERAPAGE BUDGETAIRE

Dans ces conditions, on ne voit pas comment le gouvernement pourra éviter un dérapage des finances publiques qui devient inéluctable. A moins de sacrifier l’essentiel de son programme d’action. Il ne faut pas perdre de vue qu’une partie des recettes du budget de l’Etat provient des donations et interventions spéciales consenties par certains partenaires.  Aussi, la mission du Fonds Monétaire International (FMI), qui arrive à Kinshasa la semaine prochaine, s’annonce délicate pour le chef du gouvernement qui a le devoir de convaincre et de rassurer ses interlocuteurs sur les capacités financières de son gouvernement à faire face à ces soubresauts pour maintenir la cap de la relance et de la stabilité du Congo.

Il faut dire que le budget de 9 milliards de dollars pour l’exercice 2015 ne pourra pas permettre au gouvernement de répondre aux diverses sollicitations de l’ambitieux programme destiné à faire de la RDC un pays émergent d’ici 2030. Des coupes devront donc être faites pour éviter le pire afin de ne pas se mettre sur le dos les institutions financières internationales (Institutions de Breton Wood) avec lesquelles la RDC est toujours en programme. Pour autant, ces coupes ne devront pas sacrifier l’essentiel au risque d’exposer le chef du gouvernement et tout l’Exécutif au mécontentement général de la population.

REQUIEM

Doit-on donc déjà entonner le requiem pour d’autres programmes clés du gouvernement tel que la dissémination des parcs agro-industriels de type Bukanga Lonzo, le lancement de la compagnie aérienne nationale Congo airways après plusieurs décennies, la construction annuelle d’au moins cinq cents écoles et de plusieurs dizaines de centres de santé et hôpitaux, sans oublier l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations de moins de 17 ans en 2017 ? On en n’est pas encore là. 

Mais les choses ne seront pas faciles, avouons-le. Les dépenses urgentes et obligatoires risquent de mettre en péril les fragiles équilibres macroéconomiques qui constituent aujourd’hui le socle de la politique monétaire du gouvernement Matata. Il faut souhaiter que d’autres chocs ne viennent pas aggraver une situation déjà compliquée comme l’augmentation démesurée du baril de pétrole par rapport à son niveau actuel (environ 50 USD le baril) et une crise financière toujours possible dans le sillage des difficultés actuelles de l’Euro et de la Grèce.

A tout prendre, Matata du pain sur la planche, c’est le moins qu’on puisse dire.  Espérons que l’homme à la cravate rouge a plus d’un tour dans ses manches pour éviter une catastrophe financière à la RDC.

Stanis NKUNDIYE. LVM 157

 

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