Kinshasa - RD Congo 26/04/2019:

ACTUALITES...UNION EUROPEENNE, FMI, SOCIETE CIVILE, TOUS UNANIMES: Prospérité partagée : Mapon interpellé

Le Premier Directeur Général adjoint du Fonds Monétaire International (FMI), David Lipton, vient de boucler un séjour de trois jours en RDC, lequel s’est achevé le 9 mars courant. Venu s’enquérir de la situation économique de ce géant en Afrique Centrale, l’expert de cette institution financière internationale a palpé du doigt les réalités du terrain dans ce pays.
Il a apprécié à sa juste valeur les efforts fournis par le gouvernement congolais sur le plan macroéconomique ces dernières années. Face à une forte croissance, Lipton n’a pas caché son admiration. « Le gouvernement a considérablement bien réussi à stabiliser l’économie du pays. Il y avait autrefois-environ une dizaine d’années- une très forte inflation qui a été maîtrisée, ramenée à des chiffres très bas. Le taux de change est resté stable ces trois dernières années. La croissance a atteint un taux de 9% », a-t-il déclaré. On pouvait dire coup de chapeau à MatataPonyo dit Mapon.
Après les éloges, l’envoyé spécial du FMI a émis un regret : « Cette croissance économique ne profite pas à toute la population congolaise ». De ce point de vue, il a rejoint l’Union Européenne et la Société civile congolaise dans sa diversité dans leur analyse. « Nous constatons que le pays est sur la voie d’une croissance rapide. Cela donne de bonnes bases. Ce qu’il faut maintenant, c’est transformer cette croissance en profitant de toutes les potentialités dont bénéficie la RDC pour que la population en bénéficie enfin », avait affirmé en mai dernier Jean-Michel Dumond, l’ambassadeur de l’Union européenne en RDC, à l’occasion de la célébration de la journée de l’Europe.
Plus d’une fois, les confessions religieuses et les organisations non gouvernementales de développement ont fait la même recommandation au gouvernement, sans résultat.
Aussi invitent-ils le gouvernement Matata à tout mettre en œuvre pour qu’au finish, la population congolaise tire un bénéfice de cette croissance. C’est cela la prospérité partagée où tout le monde trouve son compte. Tant que ces chiffres macroéconomiques sur la RDC qui sont présentés par les experts comme excellents n’auront qu’une incidence peu significative sur le vécu quotidien de la majorité des citoyens, il y aura comme une cassure entre les technocrates de Matata et le peuple congolais.

REALISME
Le peuple ne se nourrit pas d’éloges ni de chiffres. Il a besoin du pain, d’un bon salaire, de bonnes conditions de vie, bref d’un environnement social décent.  Dans l’entendement de David Lipton et de ses prédecesseurs, il est urgent que le gouvernement élargisse les bienfaits de cette croissance à toute la population. Quelques pistes ont été suggérées : investir dans la santé et l’éducation.
Mais, à coup sûr, cela ne suffira certainement pas à faire le bonheur du Congolais moyen.  Ce qu’il faut, c’est une croissance distributive. Et il n’y a pas mille manières de la réaliser sinon que de réduire les écarts astronomiques entre les salaires des politiques et ceux des agents et fonctionnaires de l’Etat. Députés, Sénateurs, Ministres, Membres des cabinets ministériels, Gouverneurs, tous touchent des émoluments qui n’ont rien à voir avec le salaire de misère octroyé depuis des années aux agents et fonctionnaires de l’Etat. Pourtant, les politiques et les fonctionnaires ont tous un même employeur et s’approvisionnent sur un même marché. La discrimination salariale demeure insoutenable, pour ne pas dire inacceptable Elle donne l’impression que le pays n’appartient qu’à cette poignée de Congolais qui ont tout alors que la grande majorité broie du noir et croupit dans la misère. C’est à ce niveau qu’il faut le plus agir pour permettre aux Congolais moyens d’avoir un réel pouvoir d’achat.

INEGALITES CRIANTES
Selon le professeur Léonard Kabeya de l’Université de Kinshasa, on retrouve cinq classes sociales en RDC. Les politiques et dirigeants qui ne représentent que 0,2% des travailleurs mais accaparent à eux seuls 57% du revenu national. Vient ensuite la classe moyenne faite d’hommes d’affaires, des avocats et autres professions libérales ainsi que les hauts fonctionnaires. Cette catégorie représente globalement 8% de la population et consomme environ 18% du revenu national. En troisième position se signalent les salariés qui ne représentent que 2,8% de la population mais n’engrangent que 12% du revenu national. 
En quatrième position viennent les paysans qui forment 56% de la population pour ne gagner que 10% du revenu. Les Lumpen, 33% de la population, ferment la marche avec seulement 3% du revenu national. Ils sont une bombe à retardement. Le prof Kabeya a donné ces précisions lors d’un atelier organisé par l’Union fait la force, qui regroupe trois centrales syndicale (UNTC, CDT et COSSEP), du 17 au 19 janvier 2015 sur « Système économique, Marché de l’emploi et Stratégies syndicales ».  Les inégalités sont criantes. Selon la même source les Lumpen sont ces milliers de Congolais qui n’ont ni connaissance, ni revenu, ni avenir, ni emploi comme les kuluna et les enfants de la rue communément appelés Shégués. 
Ces catégories des marginalisés et des couches très vulnérables doivent être prises en compte par le gouvernement au lieu qu’on s’occupe en priorité de ceux qui ont déjà une position et un statut plus ou moins acceptables.

DEFI
Cette redistribution de la richesse nationale au profit de toutes les couches sociales représente un défi énorme pour le gouvernement. Certes, il lui sera difficile de s’attaquer aux émoluments des politiques et des dirigeants sous peine de provoquer une crise entre les institutions. En fin manœuvrier, le gouvernement devra trouver les moyens de maintenir leur statut à leur niveau actuel tout en relevant sensiblement le salaire des plus vulnérables, ceux qu’on appelle les laissés-pour-compte, les gagne-petit.  Il s’agit des fonctionnaires, des policiers, des militaires, des enseignants à tous les niveaux, des infirmiers, des auxiliaires de la justice, etc. C’est un exercice risqué mais indispensable.
Pour y arriver, le gouvernement devra multiplier les efforts dans sa lutte contre la corruption, la fraude minière et fiscale. Depuis plusieurs années, on parle du « coulage des recettes » sans véritablement apporter une thérapeutique de choc. La tâche s’annonce donc ardue pour imposer des changements significatifs. Elle n’en demeure pas moins exaltante au bout du compte. David Lipton le reconnaît également et assure Matata de son soutien. « Ce sont des choses qui ne vont pas se faire du jour au lendemain. Ça représente un défi véritablement important qui est celui de transformer la richesse minérale de ce pays en une prospérité partagée par tous. C’est un grand défi et nous sommes prêts au FMI à aider le pays à le relever ».
A Augustin Matata de bien jouer sa partition. S’il réussit sur cette voie, il marquera l’histoire congolaise d’une encre indélébile. La balle est dans son camp et le peuple attend avec impatience cette performance.
Stanis NKUNDIYE/LVM 158

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