Kinshasa - RD Congo 26/06/2019:

OPINION. Des adieux nostalgiques à la province du Katanga !

Le découpage territorial consacrant la naissance de 26 provinces en République Démocratique du Congo ensevelit du coup et définitivement la « katanganité » prônée par le très respectable feu Moïse Tshombe. Que de nostalgie pour ceux qui ont caressé ce rêve ; rêve de voir le Katanga constituer un bloc compact mis à part !

Certes, l’idéologie véhiculée par l’ex-président de l’Etat du Katanga n’avait pas, d’emblée, été étouffée dans l’œuf. Elle avait survécu à travers une résistance farouche opposée par les Diabos et les Tigres repliés, mieux réfugiés en Angola.

Même bien longtemps après la disparition de ce grand leader africain, ses adhérents ont continué à remuer les velléités indépendantistes du Katanga. Leur espace géographique pour lequel ils revendiquaient cette autodétermination, baptisée Shaba par le maréchal Mobutu – peut-être pour effacer de la mémoire en aliénant, mais en déshéritant du nom Katanga qui faisait mal. Par conséquent, cet espace a subi des attaques menées de l’Angola par les ex-Gendarmes katangais, respectivement en 1977 et 1978. 

Il semble que les Shabiens de l’époque ne se sentaient pas plus Congolais ; ils préféraient avant tout être Katangais que toute autre chose. Dans les affaires touchant la République, ils donnaient l’impression d’être moins concernés.

Moïse Tshombe était déterminé à séparer le Katanga du « désordre » congolais, disait-il. Les historiens retiennent, à cette époque chaotique des années 1960, dans le chef du leader charismatique katangais une telle détermination, si bien qu’après seulement une semaine de proclamation de l’indépendance du Congo, Moïse Tshombe va déclarer, pour sa part aussi, son Katanga indépendant.

« Enfants, qu’avez-vous fait, vous avez trahi mes idéaux ? » Doit certainement se demander Moïse Tshombe, s’il pouvait interpeller ses compatriotes du fond de sa tombe, maintenant qu’ils doivent subir le découpage en morceaux de leur chère province. A vrai dire, l’arme destructrice du rêve katangais a pour nom : le découpage territorial. Découpés, les Katangais resteront désunis ; aucune revendication quelconque ne sera plus possible de leur part.

Qu’est-ce qui peine irrémédiablement les Katangais de voir leur province découpée que ne l’ont été leurs compatriotes de l’ex-Kivu, et que ne le sont actuellement ceux de deux Kasaï, soumis aussi à la même réalité ? C’est peut-être la perte de l’identité katangaise et rien d’autre. Certains évoquent cette perte identitaire avec larmes. Un point de vue apparemment défendable, car les Katangais voudraient rester unis pour mieux respirer un élan de solidarité. Le nom Katanga ne tiendra qu’à une seule ficelle. Tout est bien beau.

Est-ce à dire que tout n’a été que rose pendant l’unification du Katanga ? N’y avait-il pas de frustration ? Et ces contrées du Katanga qui croupissaient dans l’abandon, sans retenir aucune attention de la part de leurs dirigeants provinciaux ? N’est-ce pas là une occasion pour eux de voler de leurs propres ailes ? 

Certes, la question du découpage territorial mettant sur pied de nouvelles provinces est diversement discutée. Il n’y a pas d’unanimité d’opinions à ce sujet. Loin s’en faut. Il y a, certes, beaucoup de choses à dire là-dessus, culturellement, économiquement, socialement, politiquement parlant…Le séparatisme, le régionalisme…ne se voient-ils pas là attribués des lettres de noblesse ?

Nombreux sont ceux qui redoutent la survenue d’une situation plus que misérabiliste dans les nouvelles provinces créées. 

Ils voient mal comment, sans structures infrastructurelles mises préalablement sur pied, ces nouvelles entités administratives survivront-elles. 

Ils voient se profiler à l’horizon un panorama moins enchanteur. Ils pensent que ce sont surtout des politiciens trop ambitieux, désireux de s’appeler demain, qui gouverneur, qui président de l’Assemblée provinciale, etc. qui ont encouragé ce découpage, au terme duquel ils risquent eux-mêmes de se déplacer à vélo ou en pirogue, pendant que leurs bureaux fonctionneront sous les arbres. Alors qu’ils auront à gérer au quotidien des grèves suite au non-paiement de salaire des enseignants surtout, sans parler d’autres catégories de fonctionnaires publics…Ils se réveilleront chaque matin avec des villes ou des villages morts, s’il faut le dire ainsi. Faites gaffe !

Beaucoup sont, cependant, ceux qui, optimistes, trouvent en ce découpage une opportunité, une occasion unique, salutaire, pour l’amorce du développement longtemps aliéné par une mascarade d’unité pourtant discriminatoire, émaillée de tant d’injustices. 

Pour eux, quels que soient la pauvreté, la misère et l’enclavement, et autres, que connaissent actuellement les habitants de certains ex-districts mués aujourd’hui en province, le cas du Haut-Lomami, les gens une fois placés devant leur responsabilité, sauront se prendre en charge pour développer leur milieu respectif. Les exemples à travers le monde sont légion. Il ne faut donc pas croiser les bras quand on n’a pas d’écoles ; quand tous les ponts jetés sur des rivières sont emportés par les eaux et que les routes n’existent pas ou ne sont que de simples bourbiers... Il faut se mettre au travail, pour la survie de ces provinces nouvellement créées. Inutile de pleurnicher, de languir après de vieux dossiers nostalgiques de rêves étouffés. Par-dessus tout, qu’on soit découpé ou qu’on ne le soit pas ; ce n’est pas la fin du monde.

Que nous réserve donc le fameux découpage ? Attendons voir.

MWAMBA KALENGA. LND 173

Last modified on Friday, 20 March 2015 06:40
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