Kinshasa - RD Congo 09/12/2019:

FOI CHRETIENNE : Quand les ministres chrétiens raffolent les surnoms

De nos jours, les chrétiens faisant fonction dans les communautés s’éprennent de porter, en plus de leur nom naturel, un surnom. Ce surnom a souvent un effet superlatif ou distinctif de son porteur, pour donner un cachet spécial à son ministère. 

A Lubumbashi, ville de ma résidence permanente, ce phénomène est devenu courant. Cette tendance de se surnommer est la résultante d’une prestation de l’intéressé que sa communauté veut gratifier, avec souvent l’accord ou l’assentiment tacite voire sournois de ce surnom par l’acteur visé. Ils sont pasteurs, évangélistes, prophètes, évêques, anciens, etc. à s’auto-octroyer ces surnoms. Ils sont surnommés Hyper tel, Archi tel, Son Excellence tel, Sa…Où allons-nous ; que cherchons-nous dans la maison de Dieu ?

Rappelons qu’à une époque pas très lointaine, la tendance chez les évangélistes était de succomber après le qualificatif « international ». S’appeler tout bonnement évangéliste semblait ne pas être commode. 

Il fallait donc : évangéliste international. Même si le ministre ou serviteur « de Dieu » visé n’avait malheureusement jamais traversé les frontières nationales pour le besoin de la cause, c’est-à-dire annoncer l’Evangile dans un pays autre que le sien. Disons que les pratiques mondaines ont envahi la maison du Dieu vivant : l’Eglise.

LES SURNOMS DANS LA BIBLE

Porter un surnom n’est pas un fait singulier ou nouveau. Dans la Bible, qui est notre livre catalyseur, la balise de la marche du chrétien, les surnoms y sont réellement trouvables. Je m’intéresse, dans cette réflexion, aux surnoms attribués à ceux qui ont rempli ou aidé à l’exécution d’un dessein divin. 

Je citerai particulièrement Gédéon, le libérateur et juge en Israël. On l’a surnommé Jerubbaal. Et en ce jour, l’on donna à Gédéon le nom de Jerubbaal, en disant : Que Baal plaide contre lui puisqu’il a renversé son autel, dit la Bible, qui reprend ce surnom sur divers passages, comme dans ces versets et dans tant d’autres : «Jerubbaal, qui est Gédéon, et tout le peuple qui était avec lui, se levèrent de bon matin et campèrent près de la source de Harod » (Juges 6 : 32 ; 7 : 1).

Une précision mérite d’être donnée. Quand on parle d’« en ce jour», cela ne renvoie pas au jour de la naissance de Gédéon ou à celui où l’on donnait habituellement le nom à l’enfant juif. 

Jerubbaal s’appelait déjà Gédéon. Mais, ce surnom lui fut donné à la suite d’un exploit que celui-ci avait opéré. Gédéon avait renversé l’autel de la divinité Baal. Son peuple, d’un commun accord, n’avait trouvé meilleur nom à lui coller que celui qui exprime durablement – même à travers des générations - l’acte particulier de sa bravoure. Démolir l’autel de Baal, par le jeune homme, était, aux yeux des adhérents de Baal, dont le propre père de Gédéon, un défi sarcastique et provocateur.

LES SURNOMS DANS LE NOUVEAU TESTAMENT

Ici, c’est encore plus évident. Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même a surnommé quelques-uns de ses disciples. Parlant de Pierre, l’un des disciples le plus prolifique, celui d’ailleurs qui, par les incidents duquel à répétition pendant le ministère de Jésus, a fait découvrir aux fidèles chrétiens de tous les âges plus de révélations qui seraient – sans la bienveillante curiosité de Pierre – restées inédites ; son nom de famille serait Simon. 

Mais, Jésus avait surnommé ce dernier Pierre. A ce sujet, il est dit : « Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle » (Matthieu 16 : 18).Voici les douze qu’il établit : Simon, qu’il nomma Pierre ; » (Marc 3 : 16). Dans le même contexte d’ailleurs, d’autres disciples de Jésus avaient également reçu un surnom, le cas de Jacques et Jean, fis de Zébédée. « Jacques, fils de Zébédée, et Jean, frère de Jacques, auxquels il donna le nom de Boanergès, qui signifie fils du tonnerre… » (Marc 3 : 17).

Par ailleurs, d’autres surnoms sont mentionnés. Le cas de Jean, surnommé Marc. A son sujet, il est écrit : « Barnabas voulait aussi amener Jean, surnommé Marc » (Actes 15 : 37). Ce Jean-Marc n’est pas à confondre avec d’autres Jean ; comme Jean Baptiste ou Jean Boanergès, le frère de Jacques. 

C’est donc sans contredit que le surnom relève de la réalité rapportée dans la Bible ; et l’affirmation selon laquelle le Seigneur Jésus-Christ lui-même en avait donné un (surnom) à certains de ses disciples n’est pas invraisemblable.

Plus tard, on saura aussi que le « prince » des apôtres aurait aussi eu un surnom. Saul s’appelait aussi Paul. Le Seigneur lui apparaissant sur la route de Damas, lors de sa mission punitive contre les chrétiens, l’avait interpellé en l’appelant du nom de Saul. C’est ce que nous lisons : « Il tomba par terre, et il entendit une voix qui lui disait : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? (Actes 9 : 4)

Même auparavant, dans le récit relatif à l’exécution d’Etienne, nous retrouvons l’apôtre, encore un jeune fervent judaïsant, comme renseigne la parole de Dieu : « Les témoins déposèrent les vêtements aux pieds d’un jeune homme nommé Saul » (Actes 7 : 58).

C’est donc plus tard, bien après sa vocation et sa conversion au christianisme que ce nom de Paul apparaît. Car il est dit : « Alors Saul, appelé aussi Paul, rempli du Saint-Esprit, fixa les regards sur lui, et dit…» (Actes 13 : 9).

Ce n’est pas tout. Les Lycaoniens de Lystre, étonnés et émerveillés par des prodiges et miracles qui s’opéraient par les mains de Barnabas et Paul, s’écrièrent qu’ils étaient des dieux. « Ils appelaient Barnabas Jupiter, et Paul Mercure, parce que c’était lui qui portait la parole » (Actes 13 : 12).

LES SURNOMS DANS NOS EGLISES

Ils incarnent malheureusement une sorte d’orgueil ou de vantardise. Aujourd’hui, cette tentation est forte, pour les ministres (de Dieu) de se faire surnommer. Et ce surnom sonne souvent de façon tonitruante, en gonflant excessivement, inutilement, le personnage du concerné qu’il ne l’est en réalité. Cette tendance devenant si courante dans les milieux chrétiens, personne, alors personne des ministres portant ce surnom, ne le réfute ou ne le décline ni en public encore moins en privé. 

En vérité, ils y prennent tout bonnement plaisir. Le tout porte à croire que ces serviteurs (de Dieu) ne s’imaginent le moindre sens d’humilité pour arriver à décliner ces honneurs et ces gloires, qui leur sont majestueusement mais surtout gratuitement attribués. 

Car, qu’incarnent, de plus, ces surnoms si ce ne sont avant tout une appréciation maladroite de l’œuvre de l’intéressé et ces honneurs tapageurs, outrageux, offensants… qui s’en suivent ? (Outrageux ou offensants, c’est le cas de le dire, par rapport à la dignité de l’Eternel Dieu qui s’en trouve naturellement gênée).

Parmi les vertus que devrait porter un serviteur de Dieu se trouve en bonne place l’humilité. Un chrétien, quel que soit son charisme (entendez les dons charismatiques, comme c’est cela qui force l’admiration) doit avant tout être humble.

Comment donc les chrétiens interprètent-ils l’attitude affichée par Pierre quand il entre chez Corneille, lorsque, ce dernier le recevant, se jette à ses pieds en se prosternant ? Tous nous savons le poids ou la valeur apostolique de Pierre…Mais Pierre releva Corneille, en disant : « Lève-toi ; moi aussi, je suis un homme» (Actes 10 : 25). Pierre a usé d’humilité. Tout simplement d’humilité ! N’oublions pas que Pierre dont nous parlons ici, est cet immense récipiendaire, ce témoin élogieux, pour ne pas dire oculaire du ministère de notre Seigneur Jésus-Christ. Imaginez que ce Pierre soit le pasteur actuel de votre communauté ou paroisse, et que sais-je ; combien aurait-il de gardes du corps et comment étendriez-vous les pagnes de femmes et dérouleriez-vous des tapis des couleurs rares à sa sortie !

N’est-ce pas qu’autour du nom de ce même Céphas, Simon Pierre, est échafaudée cette fameuse papauté chez les catholiques ? Comparez ce que fut Pierre (même si nous ne pouvons nullement nous approcher de l’image réelle de ce personnage) à ce que sont les papes qui se succèdent au trône du Vatican !

Notre thème demeure le surnom ; nous n’avons donc pas perdu les pédales, rassurez-vous !

Paul, de même, était humble malgré des miracles authentiques qui s’opéraient par ses mains, comme d’ailleurs en témoigne la parole de Dieu : « Et Dieu faisait des miracles extraordinaires par les mains de Paul, au point qu’on appliquait des linges ou des mouchoirs qui avaient touché son corps... » (Actes 19 : 11-12). 

Ouvrons une parenthèse pour dire qu’on nous rapporte que, de nos jours, certains serviteurs (de Dieu) utilisent des mouchoirs qui leur proviennent du Nigeria ou de l’Inde, et qu’ils appliqueraient sur des nécessiteux pour leur délivrance. Je dois aussi vérifier cette information…C’est vraiment curieux ! Mais, tout cela, à quelle fin ?

A l’époque apostolique, lorsque les miracles et les prodiges s’opéraient, ils en attribuaient la paternité ou la provenance à Dieu. Aujourd’hui, nous faisons nous-mêmes ces miracles, au lieu qu’ils proviennent d’une source saine et sûre : Dieu. Voilà la différence. Cela vaut tout aussi bien pour ces surnoms qui grouillent dans la maison de Dieu. (Nous y reviendrons).

MWAMBA KALENGA

 

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