Kinshasa - RD Congo 26/06/2019:

RENTREE SCOLAIRE 2013-2014. Marché des fournitures scolaires : les parents dans la tourmente

Le mois d’août plonge les parents dans la tourmente, en ceci que les vendeurs et vendeuses de fournitures scolaires entrent en danse, entraînant ainsi le marché dans une véritable ambiance de l’approche de la rentrée scolaire. Des cahiers, des sacs, des chaussures scolaires, des ketchs et pantoufles, uniformes (en tissus bleus et blancs) inondent le marché sous une certaine animation de revendeurs, pour susciter l’attention et attirer la clientèle.

Des parents et tuteurs de la catégorie de gagne-petit qui scolarisent plus d’un enfant, n’attendent pas le dernier jour du mois d’août pour affronter le marché, loin de là. Ils agissent, comme le suggère un adage africain, à la manière d’un paysan qui bâtit sa case : c’est qu’à chaque jour suffisent ses efforts pour ramener au village chevrons, madriers, paille, steaks, lianes, etc.

C’est comme qui dirait : « A chaque jour, suffit sa peine ». Le marché de Kinshasa habitué à la légèreté des services économiques de contrôle des prix, enregistre à foison des tendances variables, œuvre de commerçants véreux. Aussi assiste-t-on pour les mêmes articles à des prix qui prennent l’ascenseur au début septembre, la veille de la rentrée scolaire.

QUAND LES FRAIS SCOLAIRES S’ERIGENT EN PEAUX DE BANANE

« Le chantier Education a été décrété pour répondre aux attentes, non d’un nombre limité de jeunes, mais de tous. C’est dans cet ordre d’idée que ses objectifs rejoignent ceux de l’Objectif du Millénaire Pour le Développement, OMD, s’agissant de l’Education Pour Tous. Cela vise tous et non quelques-uns ».

C’est en ces termes qu’un père de famille a exprimé sa préoccupation, au regard des colonnes d’enfants qui ne peuvent fréquenter l’école, faute de se mettre en règle des frais scolaires.

Ce père propose que le chantier Education soit doté d’une force politique de protection, pour notamment les enfants exclus de l’école pour raison des frais scolaires.

Quelle explication la société dans son ensemble donne-t-elle à un enfant débutant et enthousiasmé du primaire, quand l’école qui est une émanation de cette même société lui dit : « Sors de la classe et retourne à la maison, puisque ton père n’a pas payé les frais scolaires. Tu ne pourras revenir que quand il s’acquittera de cette charge ».

Et quelle serait, pendant ce temps, la force d’action du Chantier Education pour empêcher que le responsable scolaire ne scandalise le pauvre enfant ? L’agissement machinal d’un responsable scolaire scandalise le nouveau venu à l’école. D’un autre extrême, une adolescente qui se voit empêchée d’accès en classe pendant un mois, pour des raisons similaires.

Et au bout du compte, naïveté, envie interrompue d’apprendre et humiliation (d’être chassée par manque d’argent) envahissent son être et la fille de zigzaguer comme beaucoup d’autres.

Quand survient l’inattendue, la société s’emploierait à s’apitoyer sur son sort, et se met à mobiliser de l’aide, pour la fille mère. Celle-là même qui n’a pu, la veille, bénéficier de la force politique du Chantier emploi. Et pareil pour le garçon qui subit la même humiliation, pour verser dans des fréquentations douteuses et peu recommandées. En voulant faire comme les autres, il tombe notamment sous le coup de « kuluna » (le banditisme urbain à l’arme blanche). La société se mettrait alors à crier sur la « peste » de Kuluna, en demandant à charge des acteurs indexés prison ou disparition. Mais avec un peu de recul, l’évidence est que la société, en empêchant des groupes d’élèves d’étudier à cause des frais dits scolaires, la semence était, dès lors, jetée en terre.

Des élèves non en règle des frais scolaires retrouvent l’ambiance de la rue
Tous les matins dès 9 heures, des groupes d’élèves en divagation sont aperçus dans les rues de Kinshasa.

Ce sont des élèves non en règle des frais scolaires et qui sont renvoyés à la maison sans ménagement. L’après-midi, c’est à partir de 13 heures 30 minutes, soit une heure après le début de la deuxième vacation.

En effet, chaque année scolaire présente ses « spectacles d’élèves litigieux ». Ceux-ci sont en vadrouille, faute de retourner instamment à la maison. Une fois en dehors de leurs écoles respectives, ces élèves pénalisés se regroupent en fonction de leurs affinités. La tentation d’errer en lieu et place de prendre le chemin de la maison habite le mental collectif des élèves en pareilles circonstances.

Il s’observe que chaque année, les élèves qui croupissent habituellement sous la mesure d’exclusion pour les frais scolaires font preuve de quelque déséquilibre psychologique. Car se sentant rejetés parce que les parents ne peuvent ainsi s’assumer, les élèves dont notamment ceux du niveau élémentaire ne peuvent interpréter convenablement pareille exclusion.

Soumises à des contraintes similaires, des filles d’âge pubère tombent, quant à elles, dans le piège de « coureurs de jupettes » qui prolongent leur présence sur la rue à cet effet. Des garçons du même âge qui, eux aussi se regroupent, ne sont pas moins enclins au dérapage.

ECOLES ET GOUVERNEMENT, LE LANGAGE DES SOURDS

Cette situation des élèves hors de l’école à cause des frais scolaires n’a, en réalité, jamais été acquiescée par le gouvernement de la République.

Du pareil au même, cela préoccupe bien des parents qui prennent à cœur le devenir de la jeunesse. A chaque école fonctionne un comité de parents considéré comme une structure partenaire et interlocutrice de l’établissement.

«A l’impossible, nul n’est tenu », renseigne un adage. Au Congo, les écoles fonctionnent en dehors de subvention. Celles du secteur privé font entendre une voix plaintive, demandant notamment à l’Etat de réduire les charges fiscales.

Dans le même ordre d’idée, les services publics qui s’occupent de l’énergie les catégorisent dans l’ordre de consommateurs commerciaux. Une clause qui sous-entend des factures assez gonflées.

Ce qui déplaît aux écoles du secteur privé qui se disent méprisées. « A ma connaissance, beaucoup d’écoles du secteur public ne s’acquittent même pas des factures d’énergie. Entre-temps, les services concernés nous taxent à nous étrangler, et pourtant les élèves que nous recueillons appartiennent à l’Etat », a déploré un gestionnaire d’école du secteur privé. Les parents sont donc appelés à mettre la main en poche, pour scolariser leur progéniture.

Ceux qui ne s’acquittent pas au gré des demandes formulées par l’école, assistent impuissants à l’application par l’établissement de la mesure d’exclusion. Dès lors qu’il n’y a guère de pédagogie sans finances, les comités de parents fonctionnant dans les écoles ne sont pas habilités à revoir le système.

« Les écoles, soient-elles du secteur privé sont des œuvres sociales. En imposant des taxes démesurément et des factures d’énergie comme si ces établissements avaient vocation commerciale au sens brut du terme, l’Etat les met en situation d’user des moyens à disponibles et imaginables, pour mobiliser les fonds, afin de nous acquitter de nos charges. (…) », a fait observer un préfet d’école.

Et de poursuivre : Il est souhaitable voire déterminant que l’Etat en sa qualité de premier employeur, s’acquitte convenablement de ses charges intérieures.

C’est à cette condition qu’il permettra aux parents d’élèves de véritablement s’assumer comme partenaires crédibles de l’école.

Le Vrai Modérateur.

Copyright © 2019 Nabii Samweli House - Tous droits réservés.